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S'impliquer là où l'on aime

posted Apr 1, 2012, 3:49 PM by Sakura Initiative

An article released in the Luxembourgish magazine "Made in Luxe" - issue of March 2012 (in French)

Private equity social

posted Apr 1, 2012, 3:44 PM by Sakura Initiative   [ updated Apr 1, 2012, 3:51 PM ]

An article released in the leading economic magazine in Luxembourg, "Paperjam" - - issue of March 2012 (in French)

La finance au service de la lutte contre la pauvreté

posted Dec 13, 2011, 8:40 AM by Slim Turki   [ updated Jan 3, 2015, 4:59 AM by Ethi Ethics ]

Le thème de la microfinance est un sujet désormais fort débattu. De toute évidence, le sujet a bénéficié d’un coup de pouce médiatique en 2006, avec l’attribution du Prix Nobel de la Paix au Pr. Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank.

Les acteurs de la microfinance deviennent chaque jour plus nombreux, les initiatives et recherches se multiplient. Aussi convient-il de s’interroger sur les tenants et aboutissants de cette activité financière, notamment par rapport à la question brûlante qu’elle est supposée résoudre, ou du moins contribuer à réduire, la pauvreté.

Le monde reste marqué par la pauvreté

La Banque mondiale a publié au printemps 2007 ses « Indicateurs du développement dans le monde » d’où il ressort qu’en 2004, 18,4% de la population mondiale, soit 985 millions de personnes, vivent avec moins d’un dollar US par jour. Le nombre de personnes vivant dans cette pauvreté extrême, pour user des termes de la Banque mondiale, serait en régression, ce dont il est bon de se féliciter. Le nombre de personnes vivant avec moins de deux dollars par jour baisserait, lui aussi, mais avoisinerait les 2,6 milliards, sachant par ailleurs que la population mondiale est de l’ordre de 6,5 milliards de personnes.

Ces chiffres sont certes impressionnants, mais qu’en est-il de leur pertinence? La seule référence au dollar ou aux deux dollars quotidiens suffit-elle, en effet, à cerner la réalité de la pauvreté? De fait, il est d’autres définitions de la pauvreté qui tiennent compte des réalités locales ou nationales. C’est ainsi qu’en France, une personne ou un ménage est considéré comme pauvre quand son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, fixé habituellement à 50% du niveau de vie médian. Ainsi, en 2005, 3,7 millions de personnes étaient considérées en France comme des personnes pauvres.

Au-delà de la fixation de seuils de pauvreté sur laquelle s’appuierait une définition universellement applicable et reconnue, l’observateur attentif constate que la situation de pauvreté n’est pas que l’absence de moyens financiers. Outre le dénuement qui les frappe, les personnes pauvres ont, hélas, une vie sociale largement ou entièrement brisée : elles sont souvent marginalisées, voire ignorées, et mesurer le préjudice qu’elles subissent devient malaisé, sinon impossible. Le remède à appliquer passe alors tant par des dispositions de nature financière que par des solutions et initiatives respectueuses de la dignité des personnes.

C’est pourquoi il est opportun d’enraciner les initiatives concrètes, par exemple un programme de microcrédit, dans une juste compréhension de l’agir humain et des rapports sociaux. A cet égard, trois principes doivent être promus : la destination universelle des biens, la subsidiarité et la solidarité.

Destination universelle des biens, solidarité et subsidiarité

Le principe de la destination universelle des biens de la terre est à la base du droit universel à l’usage des biens. Il constitue le principe de tout l’ordre éthico-social. Chaque homme a en effet le droit de pouvoir jouir du bien-être nécessaire à son plein développement. Ce droit est un droit naturel, inscrit dans la nature de l’homme, et non simplement un droit positif lié à la contingence historique. Il est inhérent à chaque personne et est prioritaire par rapport à toute intervention humaine sur les biens, à tout ordre juridique de ceux-ci, à toute méthode et à tout système économiques ou sociaux.

La destination universelle des biens ne signifie pas que tout soit à la disposition de chacun ou de tous, ni même que la même chose serve ou appartienne à chacun ou à tous. Pour en assurer un exercice équitable et ordonné, notamment pour préserver le droit de propriété, des cadres réglementaires et un ordre juridique approprié s’imposent.

Le principe de subsidiarité, pour sa part, protège les personnes des abus des instances sociales supérieures et incite ces dernières à aider (du latin « subsidium », aide) les individus et les corps intermédiaires à développer leurs fonctions. Ce principe s’impose parce que toute personne, toute famille et tout corps intermédiaire (groupe, association, syndicat…) ont un apport original à fournir à la communauté. A l’application du principe de subsidiarité correspondent la promotion effective de la primauté de la personne, la mise en valeur des associations et organisations intermédiaires, l’équilibre entre la sphère publique et la sphère privée, la reconnaissance de la fonction sociale du privé et une responsabilisation appropriée du citoyen dans son rôle en tant que partie active de la réalité politique, sociale et économique de son pays.

Enfin, troisième principe clé, la solidarité illustre et concrétise les relations d’interdépendance entre les hommes et les peuples. A l’heure de la mondialisation, cette interdépendance devient plus chaque jour plus prégnante, avec le resserrement des liens sociaux et économiques. La question de la solidarité se pose d’autant plus dans le monde d’aujourd’hui que deux phénomènes d’ampleur sont à l’œuvre. D’une part, les migrations s’accélèrent, fragilisant des liens sociaux parfois fort anciens. D’autre part, en maints pays, la population tend à s’urbaniser : or, la solidarité, naturelle en milieu rural, se délite dans les environnements urbains.

L’instrument de la microfinance

La microfinance couvre différents types d’activités, à savoir le micro-crédit et la micro-assurance. Il s’agit de donner aux intéressés les moyens d’accéder à des services financiers - les spécialistes parlent désormais de services financiers inclusifs -, de sorte qu’ils puissent mener une activité suffisamment rémunératrice pour sortir de leur situation de pauvreté.
L’impossibilité d’accéder aux services financiers est liée soit à l’absence de garantie de la part de l’emprunteur éventuel, soit à l’absence de structures de financement adéquates dans le pays ou la région de l’emprunteur, soit à une combinaison de ces éléments.

Il convient ainsi de mettre en place un canal permettant de véhiculer vers l’emprunteur l’apport financier qu’il recherche, ainsi qu’une structure assurant l’alimentation et le retour des flux financiers. Ce rôle est assigné à ce qu’il est devenu coutume d’appeler les institutions de microfinance, ou institutions financières alternatives (IFA), dont au plan mondial, le nombre atteint plusieurs milliers.

Il importe d’encourager le développement des institutions de microfinance en activité et de favoriser la création et la croissance d’institutions nouvelles. En effet, les institutions exerçant leurs activités sur les différents continents atteignent grosso modo 120 à 150 millions de personnes, dont 85% de femmes. La population servie actuellement par la microfinance ne constitue par conséquent que le premier cercle des « clients » potentiels de la microfinance. Il n’est pas interdit de penser que par des solutions et mécanismes appropriés, la microfinance puisse gagner des parts de marché et conquérir davantage de clients.

Pour sa part, le financement des institutions de microfinance provient de sources locales et extérieures. Globalement, le financement, destiné à soutenir les programmes et projets de microcrédits, provient principalement de sources locales, ce qui est conforme à l’esprit de la microfinance, tout empreint de proximité. Des apports extérieurs existent néanmoins, émanant du secteur public et du secteur privé et prenant la forme de dons, subventions et investissements. Certaines des institutions de microfinance, celles qui ont gagné en taille et influence, drainent vers elles des financements substantiels, ce qui a requis au fil du temps la mise en place de systèmes de notation, exercice auquel se prête par exemple une société comme MicroRate (www.microrate.com). De fait, un nombre croissant d’investisseurs publics et privés suit avec intérêt les développements du secteur de la microfinance et les rendements que celui-ci procure. C’est ainsi que sont créés, désormais, des organismes de placement collectif dont le portefeuille d’investissement se compose d’institutions de microfinance. La notation trouve en l’occurrence sa parfaite justification, en assurant un niveau de confiance sans doute nécessaire compte tenu des pays et régions ciblés.

Luxembourg et la microfinance

Luxembourg détient aujourd’hui une position de premier plan dans le secteur de la microfinance. Grâce à la volonté et à l’appui des pouvoirs publics, le pays s’est doté d’une expertise certaine dans ce segment d’activité, par le truchement d’une organisation non-gouvernementale, ADA (Appui au Développement Autonome, www.microfinance.lu), officiellement mandatée par le gouvernement.

Cet effort s’est accompagné d’autres initiatives, au nombre desquelles figure la création en juillet 2005 de LuxFLAG (www.luxflag.org), association sans but lucratif réunissant le secteur public et le secteur privé. LuxFLAG a pour objet d’accorder un label aux organismes de placement collectif (OPC) investissant en microfinance. Au 31 janvier 2008, trois OPC représentant dix-neuf compartiments étaient ainsi labellisés par LuxFLAG. Le site de l’association fournit des données sur ces véhicules financiers, par ailleurs repris dans la base de données de CCLux (www.cclux.lu), référence incontournable à Luxembourg dans le domaine des OPC.

Très récemment, le 18 février 2008, a été annoncée la création de la Grameen-Crédit Agricole Microfinance Foundation, dotée de cinquante millions € et dont le siège sera à Luxembourg. Récemment encore a été constitué le Comité de Soutien de la Microfinance, jeune association qui envisage de soutenir des programmes de microfinance en Afrique, notamment au Cameroun, seule ou en partenariat, et si faire se peut dans certains d’Europe centrale ou orientale. Le Comité de Soutien de la Microfinance envisage notamment de soutenir des programmes de formation de microentrepreneurs. En effet, comme le mentionne souvent le responsable de l’ONG belge ACTEC, il convient de prévoir, à côté du microfinancement, une formation qu’il qualifie de « micro-MBA ». Dans certaines régions du monde, les personnes bénéficiant de microprêts sont analphabètes, aussi est-il besoin d’assurer un niveau minimal de formation afin que les intéressés tirent un parti maximum de l’argent qui leur est confié.

Enfin, la présence à Luxembourg de la Banque européenne d’investissement (BEI) fournit à la place un atout supplémentaire. Premier emprunteur et prêteur non-gouvernemental du monde, la BEI apporte, à sa mesure, sa contribution au développement de la microfinance.


Christian DESCOUPS
Président du Comité de Soutien de la Microfinanc, Luxembourg
cdescoups@cegecom.lu

Finance and the Common Good

posted Dec 13, 2011, 8:23 AM by Slim Turki   [ updated Dec 13, 2011, 8:24 AM by Sakura Initiative ]

Abstract

Our paper aims at showing that finance and its underlying resource, i.e. capital, have to be devised and used to enhance the common good and serve the human person first. The common good relies on three key concepts which are respect for the human person, social well-being and development of the group, and peace. Also, the finance relies on well-organized and properly regulated financial and capital markets which serve the so-called “real” economy and are set up to help raise the capital necessary, for instance, to the corporate world’s operations, projects and investments.

Keywords

impact finance, common good, respect, social well-being, development of the group, stock exchanges, “real” economy.

Christian Descoups
Chairman, “Comité de soutien de la microfinance”, Luxembourg.
E-mail: christian.descoups@gmail.com

L’investissement Socialement Responsable: Reflexions Et Perspectives

posted Dec 12, 2011, 7:34 AM by Slim Turki   [ updated Dec 12, 2011, 7:48 AM by Sakura Initiative ]

Le terme « investissement socialement responsable » se rencontre désormais couramment dans la littérature et la presse financière. Cet usage est révélateur du changement de comportement de certains segments du marché et correspond à une application de plus en plus prononcée de ce concept par les professionnels de la gestion et les investisseurs.

Cette faveur grandissante auprès du public, à comprendre au sens large, est, de toute évidence, liée aux préoccupations que nos contemporains expriment avec une vigueur accrue quant au respect des personnes et à une utilisation saine et raisonnée de la nature et de ses richesses. Au concept d’investissement socialement responsable (ISR) sont de fait souvent associés : écologie, développement durable, économie solidaire, microfinance, commerce équitable, partage, solidarité et responsabilité sociale des entreprises, tous concepts nés du questionnement sur les relations de l’homme et de la nature, sur les relations des hommes entre eux, sur l’emploi et la symbolique de l’argent et sur le sens de la richesse.

Bien que sa part dans les encours des organismes de placement collectif européens reste modeste, l’ISR se développe et sa croissance se vérifie dans les chiffres. En effet, les dernières statistiques disponibles (source : EUROSIF, www.eurosif.org, décembre 2005) indiquent que ce segment représente un montant d’actifs sous gestion de l’ordre, non négligeable, de 1.003 milliards €. En France, l’ISR a vu son encours augmenter de 88% en 2006, pour passer à un volume sous gestion de 16,6 milliards €. Par ailleurs, autre constat, il apparaît que les investisseurs institutionnels sont désormais plus nombreux à confier des mandats de gestion imposant aux prestataires le respect de critères ISR.

Définir l’ISR : une entreprise délicate

Mesurer l’importance et la montée en puissance de l’ISR impose d’avoir de cette activité une définition qui aide à en délimiter le périmètre. Or, l’ISR est devenue, par convention, le domaine du social, de l’éthique et de l’environnemental, qui participent certes du champ des valeurs mais relèvent, dans la mentalité moderne, de la libre opinion et de la liberté individuelle.

Or, ce qu’il est convenu d’appeler les valeurs relève de l’absolu - c’est ainsi que le décalogue constitue le socle du droit naturel, lequel a une portée universelle dans le temps et l’espace. Pour autant, les valeurs sont respectées, appliquées et vécues par des individus, des personnes jalouses de leur liberté et de leurs prérogatives. Pour tenter de résoudre ce qui peut constituer une contradiction, les professionnels de l’ISR s’appuient fréquemment sur des codes, chartes et lignes de conduite élaborées par des organisations internationales (Organisation des nations unies, Initiative finance du Programme des Nations-unies pour l’environnement, Organisation internationale du travail, Organisation de coopération et de développement économique …). Cette démarche est pertinente et peut susciter l’éclosion et le respect de bonnes pratiques dans les milieux industriels, commerciaux et financiers, mais elle trouve ses limites dans le fait même que ces corpus de règles sont le fruit de négociations et de compromis et se trouvent donc entachés d’un certain relativisme.

Une démarche, inspirée des références aux codes et chartes éthiques, vise à « labelliser » les produits financiers ISR : ces derniers sont passés au crible par des analystes guidés dans leurs recherches par un faisceau de critères positifs d’inclusion et négatifs d’exclusion. Pareille approche est adoptée par certains organismes de notation spécialisés dans l’ISR, dont il est impératif qu’ils soient neutres afin de prévenir tout conflit d’intérêt et d’en garantir la fiabilité et la crédibilité. La limitation de cette démarche, qui requiert en tout cas une particulière rigueur et un volume important d’informations sur les portefeuilles examinés, se résume à ce constat : mais qui contrôle le contrôleur?
Néanmoins, en dépit de leurs faiblesses intrinsèques, ces approches vont dans le bon sens et contribuent au développement de l’ISR dans le monde car elles fournissent aux investisseurs des points d’ancrage sur lesquels s’appuyer dans une décision d’allocation d’actifs.

Ouverture d’une piste de réflexion : une approche fondée sur le concept de bien commun

L’activité économique étant fondamentalement une activité de l’être humain en faveur de l’être humain, il convient de l’appréhender sous un angle qui peut être qualifié de personnaliste : l’argent (le capital) ne peut en aucun cas primer sur l’homme et constitue un moyen, plutôt qu’une fin, à utiliser de manière efficiente et raisonnée. Le concept de bien commun aide à résoudre l’équation des relations entre homme et capital : il concilie en effet la prééminence de l’homme sur le capital et le nécessaire usage du capital en vue du développement économique en tant qu’il constitue l’ensemble des conditions sociales permettant à la personne d’atteindre mieux et plus facilement son plein épanouissement.

Pour ce faire, le bien commun, qui dépasse l’intérêt général ou l’optimum économique que les sociétés devraient atteindre, s’articule autour de principes fondamentaux : la solidarité, la subsidiarité, la dignité des personnes et la responsabilité. La mise en pratique de ces principes permet tout à la fois de respecter les principes de l’économie de marché, et notamment le respect du droit de propriété et de la liberté d’entreprendre, et de reconnaître la légitimité de l’intervention des pouvoirs publics et des autorités dûment mandatées, pour autant que ces derniers exercent leurs prérogatives dans le respect du principe de subsidiarité.

Ces principes, en particulier ceux de solidarité et de responsabilité, constituent, il convient de le souligner, le fondement du développement durable, ainsi défini: « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Ce faisant, le concept de bien commun peut constituer, hors de tout a-priori idéologique, la charpente intellectuelle de la réflexion sur l’ISR. Il est à même de nourrir la réflexion sur l’élaboration des critères à appliquer pour juger de la « note ISR » à attribuer à tel ou tel produit d’investissement ou à tel ou tel promoteur financier. L’atout premier de cette approche est sa durabilité car elle évite l’écueil des modes passagères, ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le « politiquement correct ». En effet, peut être aujourd’hui jugé « éthique » un comportement ou une pratique qui, peut-être, ne l’était pas hier, et a fortiori ne le sera peut-être plus demain…

Les perspectives de développement de l’ISR

Les chiffres publiés par EUROSIF montrent qu’entre décembre 2002 et décembre 2005, l’encours européen en produits ISR a crû de 36%. Les observateurs semblent unanimes à prévoir une poussée de ce segment d’activité. Les raisons en sont multiples, mais la plus importante, au plan des mentalités, est le changement de comportement de différents groupes d’investisseurs, sensibles aux thématiques sociales, éthiques et environnementales. Cette orientation nouvelle produit une demande à laquelle les professionnels répondent, pour certains, il est vrai, non sans arrière-pensée, en proposant des produits diversifiés.
Il faut en premier lieu souligner le rôle des acteurs du « buy side », à savoir principalement les investisseurs institutionnels, par exemple les caisses de retraite et fonds de pension du secteur public, avec comme porte-drapeau emblématique le Government Pension Fund Global norvégien, qui a succédé au Fonds norvégien du pétrole. De par l’ampleur des flux qu’ils sont appelés à gérer et parce qu’ils traitent d’un secteur délicat, les cotisations et les retraites de leurs adhérents, ces organismes jouent un rôle de premier plan : il est instructif d’en suivre les initiatives, comme l’adoption de chartes ISR (cf. par exemple le cas de l’Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique, organisme français qui s’est doté d’une charte en mars 2006.

Il est probable que la croissance du segment de l’ISR s’appuiera largement sur la volonté des investisseurs institutionnels et les infléchissements qu’ils apporteront à leur politique d’allocation d’actifs. Pour autant, le rôle des investisseurs particuliers ne doit pas être sous-estimé. Même si en terme de flux, leur poids est comparativement plus faible, les investisseurs particuliers sont appelés à jouer un rôle de pionniers, caractéristique du militantisme dont certains sont animés.

Pour répondre à la demande, désormais sur une phase ascendante, il importe que les prestataires et intermédiaires présentent une offre adaptée. Les pressions et influences exercées naturellement sur les marchés donnent lieu à de multiples opportunités que les promoteurs de produits classiques ou ISR peuvent saisir en proposant des produits de qualité. La commercialisation de ces produits, qui ne saurait déroger aux règles communément admises, requiert de la part des prestataires une nécessaire transparence. A cet égard, il faut souligner l’apport que constitue un outil comme le code de transparence EUROSIF pour les fonds ISR grand public, disponible sur le site www.eurosif.org.

Luxembourg, plate-forme de distribution de fonds ISR

La place de Luxembourg est l’une des pièces maîtresses de l’industrie européenne des fonds d’investissement. Elle est donc très naturellement appelée à jouer un rôle à sa mesure dans le secteur de l’ISR, notamment en devenant la plate-forme privilégiée en Europe pour la distribution des fonds d’investissement actifs sur ce segment de marché. L’expertise des professionnels de la place, le cadre légal et réglementaire et l’infrastructure existante, notamment dans le domaine de la collecte et de la distribution d’informations financières, constituent autant d’atouts pour une place qui gagnerait à compléter sa gamme de services et de produits en prenant position dans un domaine d’activités en forte croissance. Cette entrée sur le marché de l’ISR, positive en terme d’image, serait par ailleurs en cohérence avec les efforts menés généralement par Luxembourg en matière de microfinance.

Christian DESCOUPS
Président du Comité de soutien pour la microfinance
Luxembourg

L’investissement socialement responsable, Un art de vivre en finance

posted Dec 12, 2011, 7:18 AM by Slim Turki   [ updated Dec 12, 2011, 7:19 AM by Sakura Initiative ]

Dans un ouvrage récent, « Supercapitalisme » (Librairie Vuibert, Paris, janvier 2008), Robert REICH aborde la question de la responsabilité sociale des entreprises et de l’investissement socialement responsable (ISR). Connu pour son engagement politique - il a été chargé de l’emploi (« Secretary of Labor ») dans l’administration CLINTON -, Robert REICH a été par le passé un ardent avocat de l’ISR. Il estime aujourd’hui que compte tenu des contraintes qu’elles subissent, les entreprises ne sont plus en mesure d’adopter un comportement autre que celui de la recherche exclusive du profit. Il en revient, ce faisant, au jugement porté en son temps sur l’entreprise et ses finalités par Milton FRIEDMAN, auquel est attribuée cette affirmation : « La responsabilité sociale de l’entreprise est d’accroître son bénéfice ».

Certes, d’aucuns argueraient que la thèse de Robert REICH est empreinte de réalisme. Mais cette thèse, qui présente le mérite de questionner la pertinence de l’ISR, souffre d’un excès de pessimisme, voire de cynisme. La présente contribution vise donc, au-delà de toute démarche militante, à réaffirmer la validité de l’ISR, enserrée hélas dans un maillage très dense de textes, déclarations, normes et critères. Patiemment élaboré, ce corpus normatif fait songer au poème de Charles BAUDELAIRE sur l’albatros, ce « vaste oiseau des mers » : « exilé sur le sol, au milieu des huées, ses ailes de géant l’empêchent de marcher »…

La démarche ISR s’appuie sur une méthodologie prétendant à l’objectivité et recourant, pour ce faire, à des critères communément admis d’exclusion ou d’inclusion. C’est ainsi que telle entreprise répondant à une série de critères positifs sera retenue par les intéressés, à savoir les investisseurs ou les gérants, dans leurs portefeuilles d’investissement. A contrario, le fait de ne pas se conformer à une famille de critères est sanctionnée par une exclusion. Dans l’application de cette méthode, la référence ultime se constitue le plus souvent de chartes et accords d’une portée particulière et émanant alors d’investisseurs institutionnels, ou d’une portée générale quand la norme est dite par les organisations internationales.

Deux notions fondamentales

Objet de libre opinion, le domaine de l’ISR donne lieu à une pluralité de définitions qui pour être légitimes, n’en sont pas moins marquées par le relativisme. De plus, l’évolution des mentalités conduit à assimiler à l’ISR tout investissement orienté vers le développement durable, la lutte contre le changement climatique et, de manière générale, l’écologie. L’écologie est ainsi abusivement surpondérée dans la réflexion ISR, laquelle se doit de dépasser le seul souci environnemental pour englober toute la personne humaine. A l’ISR correspondent de fait une conception anthropologique particulière, à savoir le personnalisme, et une appropriation de la justice distributive.

1) Personnalisme et bien commun

L’activité économique étant fondamentalement une activité de l’être humain en faveur de l’être humain, il est cohérent de l’aborder dans une perspective personnaliste : l’argent (le capital) ne peut primer sur l’homme et constitue un moyen, plutôt qu’une fin, à utiliser de manière efficiente et raisonnée. Le concept de bien commun aide à résoudre l’équation des relations entre homme et capital : il concilie en effet la prééminence de l’homme sur le capital et le nécessaire usage du capital en vue du développement économique, en tant qu’il constitue l’ensemble des conditions sociales permettant à la personne d’atteindre mieux et plus facilement son plein épanouissement.

Dépassant l’intérêt général ou l’optimum économique que les sociétés devraient atteindre, le bien commun s’articule autour de ces principes : la solidarité, la subsidiarité, la dignité des personnes et la responsabilité. Le respect de ces principes permet, tout à la fois, d’accueillir les principes de l’économie de marché, et notamment le respect du droit de propriété et de la liberté d’entreprendre, et de reconnaître la légitimité de l’intervention des pouvoirs publics et des autorités dûment mandatées, pour autant que ces derniers exercent leurs prérogatives suivant le principe de subsidiarité.

Ce faisant, le concept de bien commun constitue la charpente intellectuelle de l’ISR, notamment quand il s’agit d’élaborer les critères à appliquer pour juger de la « note ISR » à attribuer aux produits d’investissement ou aux promoteurs financiers. L’atout premier de cette approche est sa durabilité car elle évite l’écueil des modes passagères. En effet, soulignons-le, peut être aujourd’hui jugé « éthique » un comportement ou une pratique qui, peut-être, ne l’était pas hier, et a fortiori ne le sera peut-être plus demain…

2) La justice distributive ou l’apport de John RAWLS

A la notion de bien commun s’attache aussi une certaine idée de la justice et du contrat social. Une contribution importante à cet égard est celle du penseur John RAWLS (1921-2002). Professeur de philosophie politique à Harvard, John RAWLS publie en 1971 son ouvrage « Theory of Justice », qui a rencontré une faveur particulière auprès du public averti. Dans ce livre, l’auteur énonce deux principes, celui de liberté et surtout celui de différence, ainsi défini :
« Les inégalités sociales et économiques doivent satisfaire à deux conditions : a) elles doivent être liées à des fonctions et à des positions ouvertes à tous, dans des conditions d'égalité équitable des chances; b) elles doivent procurer le plus grand bénéfice aux membres les plus désavantagés de la société. »

Cette définition, qui intègre la dimension de l’égalité des chances, fait de John RAWLS un promoteur du concept de justice distributive. Ce concept, résumé dans la formule « A chacun selon ses besoins », accorde dans la sphère socio-économique la primauté à la personne humaine et constitue de ce point de vue un ancrage solide dans la prise de décision en matière de placements.

Réaffirmation de la valeur de l’ISR

Une approche humaniste, associant bien commun et justice, permet de contrer la remise en cause de l’ISR, dans les termes employés par Robert REICH. Elle redonne à l’économie, et à son moteur financier, son sens plénier en la mettant au service de la personne humaine. Attentif à la place de l’homme dans l’économie, l’ISR, véritable art de vivre en finance, ne s’oppose pas pour autant au légitime souci de la rentabilité et de la productivité au sein des entreprises.
Parce qu’il a le souci « de tous les hommes et de tout l’homme », pour citer l’économiste François PERROUX (1903-1987), l’ISR est voué à un avenir fécond. Il reste à l’ensemble des acteurs publics et privés, ici et ailleurs, de s’en convaincre et d’œuvrer pour que ce qui est encore rêve devienne réalité.

Christian DESCOUPS
Président du Comité de Soutien de la Microfinance
Luxembourg
christian.descoups@gmail.com

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